La sécurité, un droit fondamental
Interview de Marylise Lebranchu parue sur le post.fr le 24 août 2010
Ségolène Royal parle d’une « ligne laxiste » au sein du parti, qu’en pensez-vous?
« Je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas de ligne laxiste dans notre parti. Quand j’étais ministre de la Justice, nous avions fait en sorte que tout acte même minime entraîne une réponse pénale. Mais, contrairement à Nicolas Sarkozy, il s’agissait d’être ferme mais juste.
Le gouvernement de Lionel Jospin avait également mis en place des contrats locaux de sécurité avec les communes et augmenté sans précédent les effectifs de gendarmerie et de police que Nicolas Sarkozy réduit depuis 2007. »
Mais on sent quand même que le parti est mal à l’aise…
« Depuis 2000 et mon entrée au ministère de la Justice, on dit que le PS est mal à l’aise. Je n’ai jamais ressenti cela. Au contraire, nous pensons que la sécurité est un droit fondamental. »
LIonel Jospin, en mars 2002, regrettait pourtant sa naïveté sur le sujet.
« On pensait que la baisse du chômage allait faire baisser la délinquance. Et la police de proximité a mis du temps à s’installer. Il y a eu un délai entre le recrutement par concours et la présence sur le terrain. »
Martine Aubry a-t-elle eu raison d’être discrète sur cette question?
« Oui, Ce qui m’aurait choqué, c’est qu’elle réponde à Christian Estrosi. Elle s’exprimera dimanche, lors de l’université d’été, sur le sujet.
En revanche, vous devriez vous demander s’il est normal, alors que le Parlement ne s’est pas réuni en session, que le gouvernement fasse des communiqués toutes les 5 minutes.
Est-il normal que ce gouvernement donne des instructions aux policiers, hors de tout contrôle parlementaire, pour déplacer les Roms en les faisant monter de force dans des trains? »
On sent aussi qu’il y a une différence entre les élus locaux plus « sécuritaires » et une direction nationale du parti plus « libertaire »…
« C’est un cliché qu’on entend depuis 10 ans. Et je rappelle que Martine Aubry, maire de Lille, et beaucoup d’autres membres de la direction sont aussi des élus locaux. Il n’y a pas de différence entre les maires avec les mains dans le cambouis et la direction nationale. »
Et même sur la vidéosurveillance, il n’y a pas de différence?
« En 2007, on disait qu’il y a une différence entre la vidéosurveillance dans un bus ou le métro qui permet de prévenir et d’agir vite et une caméra dans une rue X. Il faut que les caméras protègent les gens. Mais il faut aussi des moyens humains, que ce ne soit pas un instrument unique »
Le député PS Jean-Christophe Cambadélis estime, sur son blog, que « la rentrée ne sera pas sécuritaire mais sociale »
« Il a raison. Pourquoi on a parlé de sécurité tout l’été? Parce que la crise est très violente. Dans ce cas-là, parler de sécurité, c’est l’arbre qui cache la forêt.
Les socialistes forment une équipe, complémentaire. Comme Nicolas Sarkozy attaque sur tous les fronts, lance des diversions pour masquer les affaires, nous nous répartissons les rôles. Le moment venu, nous seront présents dans le débat sur les retraites. »
Mais dans les propos de Jean-Christophe Cambadélis, il y a quand même l’idée d’une « excuse sociale » de la délinquance, que l’insécurité n’est qu’une conséquence de la pauvreté. Tout le monde ne pense pas ça….
« Personne n’a jamais pensé que cela faisait débat au PS. C’est totalement méconnaître le PS, son action nationale et locale que de dire que cela fait débat.
Mais le PS a toujours eu le souci des principes républicains. En cela, nous sommes plus proches de Dominique de Villepin que de Nicolas Sarkozy même si on n’en est pas très fiers.
Ceux qui disent que nous sommes divisés sont des camarades qui ne sont pas assez avec nous. »
Catégorie(s): Parti socialiste